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Emplois de demain : intelligence artificielle versus créativité, savoir-faire et capital humain

A l’heure où 50% des métiers menacent de disparaître sous l’effet conjugué de l’automatisation et de l’intelligence artificielle, quels seront les métiers et savoirs amenés à perdurer ? Si l’intelligence artificielle faible engrange de spectaculaires performances avec l’apprentissage profond (deep learning) dans les domaines de la reconnaissance faciale et vocale ou encore l’étiquetage d’images, l’intelligence artificielle forte, celle dotée de conscience et capable d’émotion en est encore à ses balbutiements.

Si certains rêvent de dupliquer les performances du cerveau humain dans les machines, l’intelligence artificielle se heurte encore à des obstacles de taille au rang desquels figurent l’émotion, la créativité et la prise de décision en conscience. Certes de nombreux métiers aux tâches répétitives sont désormais pris en charge par des robots mais les études prouvent que les professions impliquant de l’interaction entre les individus, des compétences relationnelles, de l’empathie ainsi que de l’encadrement et de la décision ne seront pas automatisables.

Commerciaux, enseignants, jardiniers, gardes d’enfants, plombiers ont de beaux jours devant eux. Les métiers créatifs sont aussi promis à un bel avenir, en particulier les métiers d’art et d’artisanat où l’intelligence émotionnelle et celle de la main ne sont pas substituables par un algorithme, si puissant soit-il. Le rapport Villani sur l’intelligence artificielle enfonce le clou : « S’il ne fallait retenir qu’une seule compétence matricielle dans un monde en perpétuelle évolution, ce serait la créativité, cette capacité de l’homme à établir des liens entre des réalités qui n’ont, a priori, aucun rapport entre elles ». D’où les « 4C », acronyme en anglais de créativité, esprit critique, communication et coopération que nombre de gouvernements, universités et organisations internationales appellent aujourd’hui à développer.

Côté enseignement supérieur et monde de l’éducation, les décideurs ont pris la mesure de ces bouleversements. Les logiques disciplinaires, en silo, qui prévalaient jusqu’ici sont caduques et les savoirs académiques établis ou les programmes encyclopédiques, à bout de souffle.

Le déclin des emplois monocompétences sont d’ailleurs là pour le prouver. Place à l’hybridation des savoirs, au réticulaire, à l’agilité intellectuelle, celle-là même qui permet de relier, de manière parfois inattendue des territoires ou disciplines éloignés. Les « soft skills » qui aujourd’hui sont enseignées dans la majorité des programmes d’études deviennent prépondérantes mais il faudra leur adjoindre des compétences sectorielles. Si le contenu des emplois va évoluer vers plus de créativité, d’adaptabilité, de résolution de problèmes, toutes ces qualités s’appuieront sur des compétences techniques de plus en plus pointues.

Si nous ne connaissons pas encore les deux tiers de métiers qui émergeront à horizon 2030, les réflexions actuelles rappellent surtout que le fameux capital humain reste un atout concurrentiel dans un monde incertain et volatile. Il paraît même que depuis un an ou deux, les profils singuliers sont de plus en plus recherchés pour leur lecture atypique des problèmes. Après les « soft skills », ce serait au tour des profils dotés de « mad skills » (compétences déviantes) à faire leur entrée tonitruante sur le marché de l’emploi. Certains défendent même l’idée que l’intelligence autistique ou atypique est l’intelligence de demain, celle qui, en tout cas, sera la plus complémentaire de l’intelligence artificielle. Affaire à suivre…

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