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Que vaudront les diplômes face à l’émergence de nouveaux métiers ?

En cette rentrée 2016, les grands débats éducatifs sont à nouveau sur le devant de la scène. Entre réforme du collège, sélection à l’entrée du master ou sélection tout court à l’université, c’est à coup de joutes verbales sur les réseaux sociaux qu’éditorialistes, parents et étudiants expriment leur désarroi ou au contraire leur optimisme devant les évolutions de notre système éducatif. Mais la plus forte tendance de la rentrée (même si elle n’est pas la plus affichée) est celle relative à la rotation de la matrice des diplômes vis-à-vis du marché de l’emploi. Longtemps les filières préparaient à un diplôme qui lui-même permettait de déboucher sur un emploi. Or, aujourd’hui, la mondialisation de l’enseignement supérieur et l’émergence de nouveaux métiers liés au numérique bousculent en profondeur nos schémas de pensées et nos certitudes. Avec le raz de marée de la digitalisation, les nouveaux métiers sont là, mais peu connus et mal appréhendés dans la mesure où ils n’entrent pas dans les nomenclatures établies. Selon l’OCDE, 47% des emplois sont menacés par le numérique et seront remplacés par de l’automatisation et de la robotisation. De nouveaux métiers émergent à grands pas avec leurs intitulés parfois sibyllins : Chief digital officer ; Fab Lab manager ; Architecte Big data ; Digital brand manager ; IoT advisers ; Mobility designers ; Service planners ; Coordinateurs BIM… On remarquera d’ailleurs que leur dénomination fait un usage appuyé de la langue anglaise…Pour les pratiquer, il faut des compétences inédites que bricolent les entreprises et les étudiants avec l’aide d’enseignants soucieux de faire avancer les sujets mais ce mouvement est encore timide et en début de chantier. Exercice d’autant plus délicat que le marché du travail semble de moins en moins valoriser des diplômés « prêts à l’emploi » mais des personnes en capacité d’apprentissage et d’innovation constants. A quoi assiste-t-on aujourd’hui ? Les politiciens grandissent dans des écoles de management, des créatifs viennent de Sciences-Po, des entrepreneurs sortent d’écoles d’ingénieurs, des experts marketing ont fait des études de maths ou d’informatique. Les frontières deviennent poreuses et les acteurs des formations existantes quoique désorientés, prennent conscience qu’il faut aller vers davantage de croisements disciplinaires, en s’adaptant bon an mal an aux nouveaux enjeux. Cependant, les obstacles sont substantiels: parmi eux, celui de devoir faire collaborer un jeu d’acteurs et de parties prenantes important pour s’accorder sur de nouveaux référentiels au plus près des attentes du marché. Entreprises, professeurs, collectivités, organisations professionnelles sont invités à se mettre au tour de la table, non sans difficultés. Alors quels enseignements tirer au fond de cette tendance à la décorrélation entre formations existantes et métiers ? D’une part, que les diplômes ne s’adaptent pas assez rapidement aux réalités du marché et que notre société digitalisée impose de se former en continu, pour se tenir au courant des dernières nouveautés. C’est le seul moyen de continuer à apporter une valeur ajoutée. D’autre part, qu’il va falloir probablement changer de paradigme et ne plus séparer formation et travail : ce ne sont plus deux temps totalement distincts. A bien des égards, la formation devient le travail, et le travail devient la formation. Nous devons considérer formation et travail comme un tout pour les générations futures, car elles n’auront pas le loisir d’appliquer pendant 60 ans ce qu’elles ont appris à l’école. Ni même pendant 5 ou 10 ans. Dans certains métiers, comme le marketing digital, les évolutions sont telles qu’au bout de 6 à 12 mois il faut déjà revoir certaines pratiques. Cela nous amène à nous demander : si le diplôme acquis à l’âge de 23 ans n’aura bientôt plus autant de valeur au bout de quelques années, comment prouver ses compétences à l’avenir ?

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