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O21 Lille : Retour sur la première édition de la grande roue de l’orientation!

C’était sans aucun doute une gageure pour le quotidien Le Monde de lancer une opération d’envergure sur le thème de l’orientation de la jeune génération au XXIème siècle. Pari réussi pour cette première édition lilloise qui a vu se succéder pendant deux jours des témoignages de personnalités issues du monde de l’entreprise, de l’enseignement supérieur, des start-up ou encore de l’économie sociale et solidaire.

Les débats riches et d’une grande variété ont alterné, avec panache, conseils bienveillants d’acteurs de la société, de l’éducation et du numérique (Francois Taddei ; Boris Cyrulnik ;  Joël de Rosnay ; Xavier Niel ; Frédéric Mazzella..) et retours d’expérience de jeunes actifs entre 25 et 40 ans. Ces derniers ont souvent étonné par leur clairvoyance, leur maturité et par leur capacité à distiller aux participants les ingrédients d’une orientation choisie et non subie : la confiance en soi chevillée au corps, l’envie de repousser les limites et d’expérimenter, le prix à payer du tâtonnement et parfois de l’échec pour mieux se trouver.

Des phrases telles des mantras ont fusé au gré de témoignages vidéo retransmis en live : « Devenir plus que jamais co-auteur de sa vie » ; « Relever un défi de société plutôt que de choisir un métier » ; « Apprendre à apprendre comme posture fondamentale » ; Acquérir des compétences transversales tout en maintenant un esprit critique et un socle solide de connaissances» ; Miser sur la créativité comme état d’esprit et capacité à penser « out of the box ». Et tant d’autres conseils que les jeunes ont pu glisser dans leur escarcelle comme précieux viatique pour leur vie professionnelle !

Mais dans ce monde ouvert sur un horizon incertain, ces invitations à évoluer vers plus d’agilité, de créativité, de pensée critique et de travail collaboratif n’effacent pas pour autant les doutes de la jeunesse d’aujourd’hui : doit-elle parier sur « le safe » et faire le choix d’une carrière sécurisée dans l’administration ou dans une grande entreprise ou, au contraire, choisir « le fun », donc le plaisir immédiat quitte à se tromper et à se réorienter ? Pas de réponse tranchée, tant ceci relève de décisions et d’appétences profondément individuelles.

Toutefois des réflexions intéressantes autour des déclinaisons de la notion d’entreprise : un encouragement à « entreprendre » comme posture visant à se mettre en mode projet et à expérimenter mais aussi des appels à la vigilance par certains invités devant la montée en puissance de l’entrepreneuriat. Si à l’évidence, la création d’entreprise convient à une frange d’étudiants, elle relève aussi du fantasme pour beaucoup d’autres, fantasme qu’aurait d’ailleurs tendance à entretenir l’habillage cosmétique de certaines start-up qui avec ces tables de ping-pong et espaces de co-working tendent à faire oublier l’impitoyable réalité des jeunes pousses.

Par ailleurs, des sujets très concrets liés à la révolution numérique ont émaillé les différentes tables rondes. Le big data ou « l’or noir de notre société», le développement exponentiel de l’internet des objets avec 50 milliards d’objets connectés d’ici 2020 ou encore la culture geek et le code comme secteurs d’avenir et gisements d’emplois, tous illustrés par des porteurs de projets inspirants et résolus (Paul Duan avec « Bayes Impact » ; Eric Fischmeister « Soft Computing » ; Monir Morouche « Suricate Concept » ; Ludwine Probst « Ladies of Code Paris » ; Elisabeth Zehnder Data scientist Kiabi..). Devant les craintes légitimes de certains participants face à la robotisation croissante de notre société et des métiers amenés à disparaître, des voix parfois discordantes se sont exprimées : disparition inéluctable des cols blancs remplacés par des robots (Joël de Rosnay), à l’inverse chance à saisir grâce aux progrès d’une médecine de précision – moins invasive – (Xavier Vandendriessche) ou encore conversion de métiers à tâches répétitives en service à valeur ajoutée et, ce faisant, revalorisation de la dimension humaine.

La question des robots a aussi glissé vers des considérations philosophiques, nous enjoignant de redéfinir collectivement de ce qui est « le propre de l’homme » (François Taddei). En l’état, pas de certitudes absolues sur le devenir de nos métiers et ceux amenés à émerger mais des prédictions, dictées par la prudence tant les mutations à l’œuvre nous donnent le sentiment d’être au milieu du gué. La question de la transition numérique des entreprises était aussi très présente, permettant aux participants de mesurer combien elle impacte aujourd’hui toute la chaîne de production et la logistique ainsi que les fonctions support comme le marketing ou la communication (Nathalie Balla, PDG La Redoute ; Marc Antoine Navrez, CEO de Tymate).

Cette première édition s’est conclue sur un encouragement à développer sa créativité et à apprendre en faisant grâce aux protocoles de design thinking largement répandues dans le monde de l’entreprise (Elaine Benoit, fondatrice de Bosster Lab ; Emilie Chapuis, Collectif Strategy Scenarists).

Enfin, il est apparu que la quête de métiers fort de sens devient prépondérante dans les choix d’orientation avec, entre autres, ce témoignage extraordinaire de Charles-Edouard Vincent, polytechnicien officiant dans l’informatique et ayant opéré un virage à 360° pour se consacrer aux populations exclues grâce à son projet « Lulu dans ma rue ». Opération réussie encore une fois pour 021 dans sa volonté de traduire la marche du monde en conseils d’orientation !

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