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Des mots à la réalité : l’internationalisation de l’enseignement supérieur français passe à la vitesse supérieure.

Comment garder et attirer les talents dans nos universités, grandes écoles et organismes de recherche ? Comment exporter nos formations, nos savoir-faire, et selon quels modèles ? Quelles stratégies d’export de nos formations à l’ère du numérique et des campus connectés ? Ces questions qui furent au centre de l’édition 2017 des RUE « France, Campus du monde » témoignent d’un changement de paradigme quant à l’internationalisation de l’enseignement supérieur. Si le programme Erasmus, emblématique de ces trente dernières années, symbolise le premier étage de la « fusée internationale », la compétition internationale et son cortège de classements internationaux (Shanghai ; QS ; Times Higher Education) scrutés à la lorgnette par les acteurs de l’enseignement supérieur, annoncent quant à eux l’entrée dans une nouvelle époque. L’image d’Epinal de la mobilité enjouée et festive à la Cédric Klapisch relayée par son film légendaire « L’auberge espagnole » – aura certes popularisé les études à l’étranger mais il ne fait nul doute que la décennie 2017-2027 est annonciatrice d’un profond changement de registre. Face à de grands champions internationaux (USA ; Suisse ; Singapour ; USA ; UK), les grandes écoles et même certaines universités françaises multiplient les ouvertures de sites dans d’autres pays. Formations délocalisées ou off-shore, elles sont de plus en plus nombreuses à multiplier les « points de chute », créant de véritables réseaux, à cheval sur plusieurs continents. On ne compte plus les filiales d’écoles de commerce françaises massivement déployées en Asie, notamment à Shanghai ou à Singapour. Du côté des écoles d’ingénieurs, même constat. Les écoles centrales françaises associent déjà une dizaine de campus – à Pékin, au Maroc ou encore en Inde. Ceci porte un nom : la diplomatie scientifique ou comment peser sur l’échiquier international en exportant son excellence académique et ses méthodes pédagogiques. L’Université n’est pas en reste : citons par exemple, la Sorbonne implantée à Abou Dhabi ou encore l’Université Paris Dauphine tissant inexorablement sa toile avec des campus à Tunis, Londres, Madrid, Mannheim et Casablanca. Toutes ces évolutions disent aussi autre chose : le logiciel étudiant quant à l’international est lui aussi en profonde mutation : il s’est à la fois normalisé et « upgradé ». Les étudiants recherchent une expérience à l’international beaucoup plus engageante, qui se situe au-delà d’une mobilité Erasmus d’une durée de six mois à un an. Ce qu’ils visent désormais, c’est une expérience de longue durée et envisagée comme véritable levier professionnel. Dans ce nouveau paysage, les double-diplômes occupent une place de choix et ne cessent de se multiplier, en premier cycle Bachelor comme en Master. Même constat pour le doctorat. Les quelques élus sont désormais de plus en plus nombreux à l’envisager en co-tutelle avec une université étrangère. Face à ce nouveau marché globalisé, la jeune génération adopte des stratégies différenciées et les mettent en œuvre de plus en plus tôt. Certains bacheliers, minoritaires, font le choix d’une inscription dans une prestigieuse université étrangère post-Bac. Ce sont souvent des bacheliers de milieux favorisés, ayant été acculturés à l’étranger soit parce que les parents sont bi-nationaux, soit parce qu’ils les ont suivi en expatriation, ce qui leur a donné le goût des parcours internationaux. D’autres avec une appétence tout aussi grande pour l’international misent sur une inscription dans une école ou université française et partent en double-diplôme à l’étranger. Cette stratégie est moins onéreuse que la précédente car la plupart du temps (mais ceci n’est pas automatique), les étudiants sont exonérés de frais d’inscription dans l’université partenaire, ne payant ainsi que les frais d’inscription de leur établissement d’origine, minimisant le coût financier global tout en décrochant le sésame d’une double diplomation. C’est donc bien un nouvel horizon international qui se dessine avec une question majeure en filigrane. Les études à l’étranger sont profondément une question d’attitude, de posture intérieure avec tout ce que ceci induit comme remise en question de ces propres systèmes de valeurs et d’adaptation à d’autres contextes culturels. Elles sont donc l’occasion d’éprouver l’altérité, de se découvrir soi-même et restent un capital pour la vie entière.

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