Blog

Les métiers manuels : pourquoi faut-il y revenir ?

Il fut un temps où les expressions « cent fois sur le métier tu remettras ton ouvrage », ou « il a du métier» avaient encore du sens et une place de choix dans le langage courant. Elles exprimaient la reconnaissance du labeur manuel basé sur des savoir-faire spécifiques, une technicité issue de l’expérience et marquée par la noblesse du geste. L’homme de métier était celui qui se réalise par le « chef d’œuvre » ou se confronte à ses pairs par le concours (le Meilleur Ouvrier de France par exemple). L’époque où les métiers formaient des confréries puissantes en écho aux corporations du moyen-âge semble révolue, la révolution industrielle et – plus récemment -, la libéralisation économique et sa culture gestionnaire étant passées par là. Qui parle aujourd’hui d’inscrire son fils ou sa fille chez les Compagnons du devoirs pour y suivre une formation en alternance qui les conduira à exercer dans les métiers du goût, du bâtiment, de l’industrie-métallurgie ou des matériaux souples, le tout en voyageant et en partageant des expériences et des moments de vie en communauté ? L’apprentissage d’un métier manuel n’est globalement pas encouragé en France et lorsqu’il l’est, c’est que le travail de la main « devient la honteuse compensation des insuffisances de la tête” comme l’écrit Alain Bentolila, dans une magnifique tribune du Monde (“En finir avec la honte de l’orientation professionnelle”). Certes, cette question est complexe et nous laisserons (provisoirement) de côté le mépris dont l’enseignement technique fait l’objet en France alors qu’il est non seulement culturellement toléré mais valorisé en Allemagne, en Suisse, en Finlande ou encore en Autriche. Dans ces pays, la formation n’est pas uniquement là pour former des têtes bien faites mais pour articuler aussi le geste et la pensée, le geste précis étant souvent (ne l’oublions pas) celui qui porte une pensée claire. Mais laissons là ce débat pour l’instant. Alors pourquoi faut-il revenir au métier ? Déjà pour faire face au nouveau paradigme de la carrière, où ni l’organisation ni l’emploi ne constitueront des cadres stables à l’avenir. La tentation du métier manuel est aussi un formidable antidote à la perte de sens au travail et donne de la cohérence à des parcours professionnels de plus en plus éclatés. Cette idée commence lentement mais sûrement à faire son chemin en France. Des milliers de jeunes diplômés de niveau bac+5 déçus par le marché du travail choisissent chaque année de se réorienter vers des métiers manuels. Ainsi, Augustin, 26 ans, diplômé d’une école de management avec un avenir tout tracé dans l’entreprise et qui, se sentant en décalage dans ce monde, se découvre une vocation de boucher. Ou de Loïc, 22 ans, détenteur d’une licence de sciences politiques qui bifurque vers les métiers de la distillation. Ces réorientations précoces de jeunes diplômés constituent « un phénomène non négligeable », écrit l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une enquête publiée en 2015 ; 14 % des jeunes diplômés de niveau bac+5 ou plus (environ 4 700 ont répondu au questionnaire) déclarent avoir vécu un changement significatif d’orientation professionnelle dans les deux années suivant l’obtention de leur diplôme. Décryptage..

%d blogueurs aiment cette page :