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Erasmus + : en route vers la mobilité européenne des apprentis!

1987 – 2017 : nous fêtons cette année les 30 ans du programme de mobilité Erasmus. 3 millions d’étudiants ont pu en bénéficier, mais qu’en est-il des apprentis ? Selon une enquête de l’observatoire d’Erasmus réalisée entre 2014 et 2016, la mobilité de l’enseignement et de la formation professionnels concerne seulement  23 % des bénéficiaires. Et pourtant, ceux qui en ont bénéficié s’intègrent mieux professionnellement et retrouvent plus facilement du travail.

Alors qu’aujourd’hui l’Europe atteint un taux de chômage des jeunes de 50% dans certains pays, et 25% en France, c’est maintenant que les choses doivent bouger. L’Erasmus des apprentis doit être une opportunité à saisir étant entendu qu’il représente un vecteur de motivation pour renforcer l’employabilité de la jeunesse. La mobilité est très recherchée sur le marché du travail, c’est une des compétences plébiscitées dans les entreprises avec celle du digital.

Quoi de mieux en effet, pour la future génération d’apprentis que de saisir cette chance de mobilité européenne ? On ne le dira jamais assez : partir en mobilité est un gage d’ouverture vers « l’autre » et permet d’accepter sa différence, qu’elle soit culturelle, sociale, professionnelle, linguistique ou confessionnelle. Cela remet la jeunesse au cœur de l’Europe et renforce ce sentiment de citoyenneté européenne, et qui plus est en pleine crise économique où les jeunes ont besoin de repères, de reconnaissance et de valorisation. Un apprenti parti en mobilité va pouvoir confronter ses savoir-faire professionnels, mais surtout prendre de l’assurance et de l’indépendance.

Il y a malheureusement encore des freins à lever pour intégrer pleinement la mobilité dans le cursus d’apprentissage. Se pose d’abord un problème d’accord et de responsabilité de l’entreprise du jeune apprenti français pour le faire partir au sein de l’Union Européenne pendant son temps de travail. Il y a ensuite les obstacles de réglementation du système d’apprentissage d’un pays à l’autre, de la couverture sociale, l’organisation des cours linguistiques et interculturels, et bien sûr l’équivalence des compétences et des diplômes – notamment par le biais d’ECVET (le système européen de crédit d’apprentissages pour l’enseignement et la formation professionnels), système encore trop peu mobilisé actuellement.

L’Union Européenne, consciente de ces obstacles et de l’importance à valoriser l’apprentissage par le biais de la mobilité, prévoit de débloquer jusqu’à 400 millions d’euros pour 2018-2020, et ainsi, permettre à plus de 50 000 apprentis de séjourner entre 6 à 12 mois à l’étranger. La France pourrait à cette occasion introduire un contrat d’apprentissage avec une mention « parcours international » et ainsi garantir un statut européen de l’apprenti. Une reconnaissance que de nombreux acteurs appellent de leurs vœux ! Sur le terrain, les actes commencent à prendre forme puisque depuis 2016, la France teste un Erasmus apprentissage (ou Erasmus pro) qui permet de faire partir les jeunes pour une durée de 6 mois à 1 an. Ce dispositif complète le programme Erasmus +, ou anciennement Leonardo Da Vinci pour le public de la formation professionnelle, dont les mobilités sont plus courtes – une moyenne de 1 mois. Une aubaine pour redorer le blason de l’apprentissage en Europe ! Chez nos voisins européens, l’apprentissage fait pourtant bonne figure. La Suisse, l’Allemagne, et l’Autriche le considèrent comme déterminant dans la formation et l’employabilité des jeunes et comme puissant levier d’intégration sociale. Alors, comment faire pour que, chez nous, il cesse d’être une voie de relégation sociale ? Au fond, ce n’est pas si compliqué. Il s’agirait d’une part, de mettre les entreprises au cœur du dispositif car elles-seules sont à même d’évaluer au mieux les spécificités du tissu économique local et donc, corollairement de faire émerger les besoins artisanaux et industriels. En redéfinissant, d’autre part, les attributions des parties prenantes (Education nationale ; Pôle emploi ; régions…) pour garantir davantage de cohérence et de fluidité dans le système de l’apprentissage. Dans ce sens, le rapprochement entre les CFA et les lycées professionnels sous tutelle des régions s’avère plus que jamais nécessaire afin qu’une seule et même gouvernance puisse émerger. En Allemagne, par exemple, en échange d’un financement du système à hauteur de 92%, les entreprises définissent les compétences exigées pour des métiers aussi divers qu’informaticien, électronicien, plombier, logisticien, aide dentiste… A raison de 3-4 jours en entreprise et 1-2 en école professionnelle pendant deux ou trois ans, les apprentis reçoivent leur diplôme des chambres de commerce et d’industrie. 2/3 d’entre eux sont embauchés par l’entreprise à l’issue de leur formation. De plus, l’expérience est privilégiée par rapport aux diplômes, ce qui n’est pas le cas de la France. Et devinez quoi ? L’Allemagne affiche le plus bas taux de chômage des jeunes d’Europe.

Voir l’article : « Eloge du carburateur »: de la philosophie et du travail manuel

Mais restons optimiste pour notre jeunesse et pour l’apprentissage en France. Une tendance forte se dessine actuellement à travers l’engouement pour les métiers manuels chez nos jeunes diplômés du supérieur, las de leur dégradation de conditions de travail dû à l’intensification des rythmes de travail, à la numérisation et à des métiers qu’ils jugent dénués de sens. On estime en France, qu’il y a ¼ des nouveaux créateurs ou repreneurs d’entreprises artisanales qui sont issus de l’enseignement supérieur et 1 sur 10 ont un niveau Bac+5. Ces jeunes reconvertis recherchent un épanouissement personnel et professionnel, un métier qui a « du sens », dans lequel ils se sentent « utiles » et « valorisés ». L’artisanat serait apparemment la réponse à cette quête. Un avenir plutôt prometteur pour nos formations professionnelles et nos entreprises…

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