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De la nécessité d’apprendre à s’orienter au XXIème siècle

Le temps où les métiers s’exerçaient de « père en fils » est désormais révolu. S’il demeure quelques dynasties bien enracinées dans le show-biz ou les affaires, la nouvelle génération sera majoritairement amenée à faire plusieurs choix professionnels. Les mutations socio-économiques, les évolutions technologiques et l’émergence d’une mobilité géographique accrue, rendent de moins en moins probable l’hypothèse d’une carrière professionnelle linéaire.

Beaucoup de jeunes adultes s’engageant aujourd’hui dans la vie professionnelle, changeront sans doute plusieurs fois de métier. Face à ce nouveau paradigme couplé à celui d’une révolution numérique qui redéfinit en profondeur les métiers de demain et à une cartographie de l’enseignement supérieur désormais mondialisée, la jeune génération est souvent désorientée. Comment faire le bon choix ? Rester étudier en France ou partir à l’étranger ? Comment s’assurer que son choix est pleinement assumé et non subi ? Chez les jeunes, la revendication de mutations professionnelles fréquentes, voire de changements de statuts fait voler en éclat la trilogie « éducation scolaire / formation professionnelle / emploi », laissant la place à une alternance d’activités de natures diverses, mêlant études, « petits boulots », voyages, engagements associatifs, activités artisanales ou artistiques, etc.

Les parents voient souvent, dans ces parcours hachés, une forme de tâtonnement préoccupant d’adolescents instables qui peinent à trouver leur voie. C’est, parfois le cas, sans aucun doute… Mais peut-être assiste-t-on aussi à un phénomène de société plus profond qui ferait de la jeunesse un temps d’exploration assez proche finalement de ce dont rêvait les auteurs des grands « romans de formation » du 19ème siècle ? Et il serait d’ailleurs opportun de s’interroger sur la meilleure manière d’accompagner ces parcours en affirmant clairement le droit à l’exploration personnelle et professionnelle des jeunes.

Autant dire que dans ce contexte, l’orientation professionnelle devient un enjeu éducatif et démocratique majeur. Il est d’abord urgent d’avoir une vraie politique de l’orientation fondée sur une mutualisation des ressources, une professionnalisation commune des acteurs et un maillage du territoire efficace mettant fin au « maquis de l’orientation » que beaucoup dénonce si justement aujourd’hui.

Il est tout aussi fondamental de revoir nos schémas d’orientation : la jeune génération doit apprendre à envisager l’orientation comme une démarche personnelle et prendre conscience qu’elle n’est pas qu’une « science behavioriste » ou le produit de tests ou d’entretiens psychologiques, même bien conduits.

L’orientation ne s’effectue jamais « à vide », indépendamment des expériences, tentatives et découvertes que le jeune adulte peut faire. S’orienter est donc une opération profondément interactive et évolutive qui suppose une recherche, des rencontres et la nécessité de questionner ses représentations professionnelles. Cela requiert de découvrir des métiers, pas seulement à travers des fiches techniques ou des référentiels de compétences mais aussi en multipliant les stages d’exploration dans des univers professionnels variés.

Enfin, il est urgent de sortir d’une pensée schématique selon laquelle l’orientation serait réservée qu’aux élèves en difficulté, les «bons éléments» étant de facto exemptés de toute réflexion sur leur orientation parce que systématiquement dirigés vers la bonne voie ou la bonne section. Non, le travail sur l’orientation doit être intégré pleinement dans la scolarité de tous les élèves. Il est assimilable à une question d’ordre philosophique qui invite chaque jeune à faire preuve de réflexivité et de discernement afin que, dans ces conditions, l’orientation soit une véritable « éducation au choix ».

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